Les sociétés à l’épreuve du changement climatique éduquer – agir – gouverner

Pour un dialogue innovant sur le changement climatique


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La lettre n°5

byBo Yan observe que le climat n’a pas été une priorité pour la Chine jusqu’au début des années 1990. L’économie d’abord : tel était son objectif ! Progressivement, elle s’est mise à discuter du climat tout en refusant tout engagement contraignant ou contraintes. Mais en devenant le deuxième plus grand émetteur de gaz à effet de serre, elle devenait du même coup un acteur de premier plan dans les négociations. Une pression croissante s’est donc exercée sur elle pour qu’elle transforme son économie et accepte ses engagements. En 2009, on l’a accusée du bilan décevant du sommet de Copenhague. Mais dans son esprit, les accords sur le climat étaient un piège pour les pays en voie de développement, dans la mesure où le Nord est responsable des émissions. Pour les experts chinois, il était donc hors de question d’accepter des contraintes.
En 2011, au sommet de Durban, la Chine est donc dans une position défensive, tout en commençant de s’éloigner des pays les moins développés. Aussi, à quelques mois de la COP 21, la Chine met-elle toujours en avant certains principes, comme celui de justice ou de transparence, tout en acceptant l’idée d’une contrainte, qui pourrait prendre la forme d’un accord-cadre. A cette fin, la Chine a mis en place plusieurs institutions – comité des négociations, agences d’Etat, etc – pour aider à la décision, et s’est fixée quatre paliers à atteindre. Premièrement, décider de politiques pour atténuer les effets sur le climat de ses industries. Dans ce but, elle a mis en place un Agenda 21 pour promouvoir l’économie et l’emploi, les deux objectifs devant aller ensemble. Deuxièmement, mettre en œuvre ces politiques dès 2007. Troisièmement, fixer des objectifs de réductions à l’horizon 2020, avec un plan quinquennal pour développer une économie plus ambitieuse pour la réduction des gaz à effet de serre. Quatrièmement, publier ses actions nationales à l’horizon 2030, actions qui seront explicitées lors de la COP 21.
Pour la première fois de son histoire, donc, la Chine s’est engagée à plafonner son pic d’émissions, à réduire ses émissions au niveau de celui de 2005 et à faire appel à 20 % d’énergie renouvelable. De tels objectifs contribueront à de vrais changements.
Zhang Ji brosse l’évolution de la Chine, de son engagement dans l’idéal révolutionnaire jusqu’à sa participation à la gouvernance mondiale. La Chine a bénéficié de la mondialisation, processus qui constitue pour elle le tournant le plus bénéfique à l’aube du vingt-et-unième siècle. Participer à la gouvernance mondiale, cela permet à la Chine de savoir comment le monde la regarde. Aujourd’hui, la Chine est prête à faire face à ses responsabilités et à faire plus pour résoudre les problèmes de gouvernance mondiale : c’est un vrai changement. Elle a changé de positionnement vis-à-vis du monde. Elle est parvenue à trouver des intérêts communs. Elle suit les règles internationales, pas simplement pour se défendre, mais aussi pour régler les problèmes de gouvernance mondiale. Elle est devenue un facilitateur. Elle accepte ses responsabilités, étant entendu que ses capacités pour limiter les émissions sont limitées. Elle est en plein changement. Elle est arrivée à un moment crucial de son histoire : elle doit grandir, travailler avec les Etats-Unis, les enjeux de la COP 21 militant pour mettre fin au schéma qui voudrait que les grandes puissances s’affrontent. La Chine sait qu’il y a des leçons à tirer des pays développés !

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La lettre n°4

lettre N°4

L’expertise en question

Qui dit urgence climatique, dit réaction internationale. Oui mais… Réagir au changement climatique suppose de penser l’articulation entre recherche, expertise et décision. Dit autrement, cette réaction impose de se demander comment passer de la connaissance à la connaissance de ce qui doit être fait. Or aujourd’hui, les scientifiques jouent un rôle important dans la constitution de l’opinion publique. Ils interviennent de plus en plus souvent dans le processus démocratique à titre d’experts soit auprès des politiques, soit auprès des journalistes. Il est donc légitime de se demander ce qu’est un expert et ce qu’est l’expertise. L’expert répond à une demande plus ou moins précise et rarement formulée dans des termes scientifiques. Un travail doit donc être mis en œuvre pour passer des résultats de la recherche à celle de l’expertise. Or un objet comme le climat dépasse les frontières nationales, disciplinaires, mais aussi générationnelles ou culturelles.
Dans ce contexte le GIEC représente une forme d’expertise internationale tout à fait particulière faisant intervenir une centaine de pays et autant d’auteurs au rapport. Il constitue en soi une innovation puisqu’il associe science et décision dans le processus même d’élaboration des rapports, mais il fait aussi l’objet de contestations. Cet exemple du GIEC rappelle la difficulté du passage de l’expertise à la décision. Mettre en cohérence les discours très spécialisés et fragmentaires de la recherche sur un objet comme le climat n’est pas du tout évident. Comment réconcilier cette difficulté du passage de ce qui est à ce qui doit être avec cette volonté de fonder l’action politique sur des arguments scientifiques ?
Les travaux réalisés dans les sciences sociales montrent que l’expert ne fait pas que réaliser une synthèse des connaissances établies mais qu’il va transformer ces connaissances dans la réalisation même de ses rapports d’expertise. Les récits qui émergent du travail d’expertise ne sont donc pas strictement scientifiques, ils sont inévitablement politiques. Or cette place prépondérante accordée à la science dans la gouvernance climatique constitue aujourd’hui l’un des principaux points d’achoppement dans les débats. Il est donc légitime de se demander si le climat ne devrait pas être repensé comme un problème non pas seulement environnemental, mais aussi social, économique et géopolitique, et s’il ne faudrait pas accorder davantage de place aux sciences sociales dans le processus d’expertise. Cette question est particulièrement prégnante sur le dossier de la transition énergétique où se pose la question de l’acceptabilité de l’opinion publique.
Certains commentateurs considèrent enfin que, plus que le changement climatique, c’est l’incidence de l’homme sur la planète qui devrait être placée au cœur des négociations internationales et qu’il est urgent de mobiliser les bonnes ressources pour aborder enfin la réalité des changements aujourd’hui à l’œuvre au niveau mondial.

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La lettre n°3

Derrière les mots du débat

lettre N°3

Parler d’un sujet aussi complexe que le climat peut sembler une gageure tant est grand le hiatus entre les perceptions du phénomène et les nuances propres à la science du climat. Comment parvenir à une plus grande compréhension mutuelle dans le dialogue autour d’une thématique à ce point caractérisée par l’incertitude et la controverse, réelle ou fabriquée ?
Tout d’abord en étudiant, comme invite à le faire la psychologie sociale, les représentations sociales, la pensée de sens commun, les voies de l’appropriation et les contextes dans lesquels se forment les opinions et les idées. Il est en effet essentiel de comprendre que derrière les mêmes pratiques et les mêmes mots se cachent parfois des représentations et des sentiments différents et que personne n’échappe à l’influence de cette culture émotionnelle, que cette dernière soit consciente ou inconsciente. Personne, pas même les journalistes qui représentent pourtant une voix importante dans le débat autour du changement climatique.
Qu’ils le revendiquent ou non, ces derniers jouent en effet un rôle dans la décision politique. De fait, ce sont eux qui mettent à l’agenda les thématiques, les événements et les controverses qui se voient ainsi, si ce n’est légitimés, du moins institutionnalisés. Or cette mise en lumière des problématiques n’est pas neutre dans la mesure où les journalistes ont aussi une fonction de cadrage à l’origine de biais. Indifférence, doute, mobilisation : la question du changement climatique peut ainsi prendre diverses colorations et trouver plus ou moins d’échos dans l’opinion publique suivant le traitement qui en est fait et les ressorts utilisés (images illustrant des impacts, personnification du propos via des victimes, des hommes politiques ou des célébrités, évocation des risques). La problématique du climato-scepticisme est à cet égard édifiante. Initialement formulée par une petite partie de la communauté scientifique américaine ultra-libérale, elle a assez vite rencontré outre-Atlantique un certain succès auprès de médias – toujours en quête de contradictions pour traiter des sujets difficiles – avant de se diffuser par capillarité en France.
Dans ce contexte, quelles sont les marges de manœuvre l’école pour éduquer la jeunesse aux enjeux climatiques ? Des études ont permis de révéler que tandis que les enseignants se trouvent parfois démunis sur la façon de dialoguer avec leurs élèves, ces derniers sont demandeurs de plus de médiation scientifique. Quant aux moyens de mieux former aux enjeux du risque climatique, tout le monde s’accorde sur la nécessité de recourir à l’histoire des sciences, de déconstruire les idées reçues, de décrypter les discours, etc. Bref : d’outiller les élèves en termes de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être. Comment ? En soulignant la cohérence entre les disciplines, en développant les enseignements interdisciplinaires, en prenant le temps de mobiliser les représentations des élèves et en les familiarisant à la démarche de problématisation. Ce n’est qu’ainsi armés qu’ils pourront faire face à la complexité des enjeux sui se jouent dans notre société.

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La lettre n°2 – Changement climatique: quel concept?

lettre N°2-2Synthèse de la première journée

Si la notion « d’épreuve » peut en première approche apparaître connotée négativement, elle traduit aussi l’idée d’une possibilité offerte aux sociétés de se renouveler. L’épreuve du changement climatique peut en effet être à la fois annonciatrice de catastrophes et génératrice d’innovations.
Cette épreuve se traduit aujourd’hui dans les discours par la mise en exergue d’une « urgence climatique » : ne pas dépasser les 2°C d’augmentation de température à l’horizon 2100. C’est ainsi un objectif lointain qui est appelé à déterminer notre action d’aujourd’hui. Dans ce contexte de perméabilité entre le présent et l’avenir, les questions  de temporalités à l’œuvre et de pas de temps apparaissent centrales dans le débat autour du changement climatique. Un objectif à l’horizon 2100 peut-il être opérationnel à court et moyen terme ? N’est-on pas en train de déplacer l’horizon de l’action politique ? Ces questions sont d’autant plus prégnantes que, dans le cadre des négociations en cours, c’est sur les 20 prochaines années que les décisions engageront les Etats.
Se tourner vers l’avenir c’est aussi soulever la question de notre responsabilité commune et différenciée à l’égard des générations futures. Une telle responsabilité est-elle possible ? Une éthique intergénérationnelle a-t-elle un sens ? Le problème auquel se confronte l’éthicien est ici celui de la validité d’une obligation éthique vis-à-vis d’êtres hypothétiques dont il est pour nous impossible de connaître les préférences avec certitude. Accorder dans nos décisions une prévalence à ces êtres hypothétiques ne constitue-t-il pas en soi une injustice vis-à-vis des sociétés actuelles pour lesquelles nous avons et la certitude et la connaissance des difficultés ? Cette opposition apparaît d’autant plus légitime que, d’un point de vue économique, nous sommes obligés, dans cette perspective, de supporter aujourd’hui d’importants coûts financiers en vue de bénéfices futurs.
Impossible enfin d’envisager le temps long sans tourner nos regards vers le passé pour en tirer des leçons. Or là aussi, les perspectives divergent. Si pour certains le temps long constitue un argument contre l’urgence climatique tant le changement climatique apparaît être un invariant à l’échelle géologique, pour d’autres l’approche historique autour de ces questions est au contraire centrale. Alors que nous pensons vivre une prise de conscience environnementale, l’histoire nous apprend en effet que c’est en pleine connaissance de cause que les hommes du XVIIIe siècle sont entrés dans ce que l’on appelle aujourd’hui l’Anthropocène. Elle nous montre aussi que nous nous trompons lorsque nous envisageons de manière téléologique l’histoire énergétique.
Politique, économie, sciences sociales, biologie, éthique : la question du changement climatique est donc traversée par les temporalités et normativités issues de disciplines très variées où les jeux d’acteurs ne sont pas les mêmes. Objet complexe par définition que tentent de saisir les modèles, elle est aujourd’hui pourvoyeuse tout à la fois d’espoirs et d’incertitudes. Pas étonnant donc que pour la philosophie, cette question du changement climatique, parce qu’elle remet en question l’idée d’amélioration constante de l’avenir de l’homme, invite à repenser l’utopie du Progrès…

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La Lettre n°1

Bienvenue à l’université européenne d’été 2015

IMG_8530Le climat est devenu en plusieurs décennies un objet complexe, qui met en relation la science, laquelle explore les origines et les causes de son changement, l’économie et la société. Face à ce processus inscrit dans la durée, nos concitoyens prennent de plus en plus la mesure de la discontinuité que nous vivons et allons vivre. Les mises à l’agenda des parties prenantes et des politiques se sont succédées depuis la conférence de juin 1992 à Rio. La COP 21 les rassemblera à nouveau dans un contexte évolutif marqué notamment par l’arrivée de nouveaux acteurs, comme les territoires et les entreprises, et par une mobilisation de la société. L’IHEST se propose de s’emparer de ce sujet pour revisiter les relations entre science et société, science et politique – objets de plusieurs universités antérieures – en se concentrant sur trois angles : représenter et éduquer, agir et réagir, gouverner et décider.
Il est classiquement admis qu’il existe deux entrées principales pour penser le rapport de la science à la politique : la rationalisation du processus de décision – l’expertise – et la mise à l’agenda de questions scientifiques – le débat public. Au cœur des échanges intervient un troisième acteur, médiateur entre science et politique : l’expert. Une des particularités du changement climatique est que l’expertise s’y développe à l’échelle mondiale. Pour certains, les attentes à l’égard de l’expert ne sont pas identiques d’un pays à l’autre. Pour d’autres, les questions mondialisées appellent une mondialisation de l’expertise.
Quant au débat public, c’est un moment particulier où les agendas politiques et scientifiques convergent. Qui est responsable de la mise à l’agenda de questions mêlant science et politique ? Quels doivent être les espaces de débat, de négociation, de décision ? Quelles articulations existe-t-il entre les différentes échelles de décision ? Quelles interactions observe-t-on entre entreprises, ONG, institutions de recherche, élus et législateurs ?
En entrant en politique, le climat est devenu l’objet de débats où se confrontent et s’affrontent différentes normativités, représentations, idéologies et valeurs, qui plus est dans un contexte de mondialisation. Cela pose fondamentalement la question des représentations culturelles et de l’éducation, des actions et des réactions, des acteurs et des institutions, toutes dimensions qui seront examinées durant l’université. Il faut alors, comme l’explique le philosophe Heinz Wismann, bien comprendre où résident les intérêts respectifs de la science et du politique, distinguer les temporalités des acteurs, et mettre les impératifs de court terme en regard  des objectifs de long terme.
Marie-Françoise CHEVALLIER-LE GUYADER
directrice de l’IHEST

lettre N°1