Les sociétés à l’épreuve du changement climatique éduquer – agir – gouverner

Pour un dialogue innovant sur le changement climatique


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Amazonie : un laboratoire pour observer le climat

C’est au cœur de la forêt amazonienne que vient d’être inauguré ATTO, l’Observatoire de la Tour Haute d’Amazonie. Située à 350 kilomètres de Manaus, cette structure métallique aussi haute que la Tour Eiffel abrite un laboratoire destiné à étudier le changement climatique dans le poumon du monde au cours des 30 prochaines années afin de rendre plus performants les modèles climatiques. « Le fait d’être loin des villes et de l’influence de l’homme assure une collecte de données relativement vierges », explique Meinrat Andrae, directeur de l’Institut allemand Max Planck, à l’initiative du projet avec l’Institut de recherches d’Amazonie du Brésil (Inpa). « Grâce à cette tour, nous allons mieux comprendre le rôle de l’Amazonie, son effet sur le climat local mais aussi sur le climat mondial », assure à l’AFP le professeur Antonio Ocimar Manzi, responsable du projet du côté brésilien. Un objectif majeur puisque les forêts tropicales contribuent à l’équilibre climatique de la planète en raison de leur capacité à gagner ou à perdre des grandes quantités de carbone. Mais avec l’augmentation de 1,5 fois des émissions de gaz à effet de serre au cours de la deuxième moitié du 20e siècle, les scientifiques veulent savoir ce que la jungle fait de cet excès de CO2.
Lancé dans le cadre d’un projet commun entre l’Allemagne et le Brésil datant de 2009, cet observatoire est coordonné par l’Institut Max Planck pour la Chimie. Inauguré le 22 août, il ne sera opérationnel qu’en fin d’année, une fois qu’il sera doté des instruments nécessaires à sa mission prévue pour 30 ans.

Pour en savoir plus :
. Le site de l’Institut Max Planck

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Le CO2 : une ressource à valoriser ?

S’il est un objectif sur lequel tout le monde s’accorde dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique, c’est bien celui de la réduction des émissions de CO2. Pourtant, comme le montre Marc Fontecave, professeur au Collège de France, spécialiste en chimie des processus biologiques, « le CO2 est une source de carbone et peut être au centre d’une stratégie pour stocker les énergies renouvelables. Le sujet est très amont, déjà utilisé dans l’industrie mais encore de manière faible. Il y a cependant un renouveau dans la valorisation du CO2 et de plus en plus d’investissements dans le sujet ». Pour parvenir à valoriser le CO2, Marc Fontecave considère deux défis à relever : 1) capter le CO2 ; 2) transformer le CO2 en molécule d’intérêt soit en utilisant la photosynthèse naturelle des plantes pour produire des biocarburants, soit en utilisant le CO2 dans l’industrie chimique, soit en utilisant le CO2 pour stocker ou transformer l’électricité renouvelable. Et d’ajouter : « Il vaut bien mieux valoriser le CO2 en molécules d’intérêt que chercher à le séquestrer Je n’imagine pas un monde autrement que carboné, et nous ne pouvons pas penser aujourd’hui nous en passer. Il faut valoriser la molécule de carbone du CO2 »

Pour en savoir plus :

. Lire l’intégralité de l’interview

16 juillet – Industrie & Technologie


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Joseph Stiglitz : « Le défi climatique peut renforcer l’économie »

La croissance telle qu’on l’entend aujourd’hui est-elle compatible avec la question climatique ? Omniprésente dans le cadre des négociations engagées en vue d’un accord à Paris, cette question divise la communauté des économistes. De passage à Paris pour la conférence « Notre avenir commun face au changement climatique », Joseph Stiglitz a accepté de s’exprimer sur le sujet. Selon lui, loin de constituer un frein, le défi climatique offre une opportunité pour réaménager l’économie mondiale, augmenter la croissance, créer de l’emploi et ainsi diminuer les inégalités. « Il faut redéfinir ce qu’est la croissance, changer les méthodes que nous utilisons pour la mesurer, afin qu’elle reflète la durabilité des activités économiques. Mesurer la croissance du PIB avant la crise de 2008 donnait de bons chiffres, mais ils sont tombés. Avec des mesures de la croissance reflétant la durabilité, nous aurions eu une meilleure visibilité ». Et lorsqu’on lui demande son point de vue sur les négociations en cours, sa réponse est claire : « L’approche actuelle, celle des contributions volontaires, est bonne, mais elle ne permettra pas d’atteindre l’objectif des 2 °C et nous devrions le reconnaître. Le compromis que je propose est le suivant : une tarification mondiale du carbone, que chaque pays pourrait mettre en œuvre sur son territoire comme il l’entend : par des réglementations contraignantes, par un marché d’émissions ou par une taxe carbone… »

 

Pour en savoir plus :

stiglitz. Lire l’intégralité des propos de Joseph Stiglitz recueillis par Stéphane Foucart,


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Le changement climatique est aujourd’hui une certitude

Le changement climatique représente un risque réel qu’on ne peut pas ignorer. Il faut s’y préparer dès maintenant car les échéances se rapprochent très vite.
Entretien réalisé durant l’université européenne d’été de l’IHEST avec Hervé Le Treut, climatologue, directeur de recherche au CNRS, directeur de l’Institut Pierre Simon Laplace


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L’interaction entre science et société devient cruciale

letreutDeux milles scientifiques sont actuellement réunis au siège de l’Unesco de Paris pour préparer la conférence climatique de décembre prochain. Après le constat, les chercheurs planchent sur le passage à l’action. Dans une interview accordée à L’Humanité, Hervé Le Treut, climatologue, directeur de l’Institut Pierre Simon Laplace et membre du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) insiste sur la nécessité d’approfondir l’interaction entre science et société : « Scientifiquement, beaucoup de choses sont effectivement connues et établies. Ce qui change, c’est le contexte dans lequel elles doivent s’exprimer. La recherche climatique connait une mutation très forte. Nous sommes en train de passer d’un travail portant sur le constat, à la nécessité d’aider au passage à l’action. Nous n’en sommes plus à savoir si la planète se réchauffe ou pas : sur ce point, les climatologues sont d’accord. Au-delà d’objectifs très généraux, en revanche, il existe une large variété de stratégies à mettre en place pour atténuer ce problème, ou pour y remédier. Qu’il s’agisse de transition économique, énergétique, agricole, industrielle ou sociale, chacune demande à être évaluée. Et cela exige une compréhension scientifique des enjeux beaucoup plus précise ».

Pour en savoir plus :

. Climat : « L’interaction entre science et société devient cruciale »,

9 juillet – L’Humanité

Catégorie : Gouverner, Réagir / Tags : COP 21, Recherche climatique, Réchauffement, Académie des sciences, Constat, Action, CO2, Citoyens, Décision


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Synthèse de l’université

Compendiun de la synthèse de l’université européenne d’été

English version

lettre N°2-2Les sociétés à l’épreuve du changement climatique
agir – éduquer – gouverner

Évoquer « l’épreuve » du changement climatique, c’est faire état d’une ambivalence car si en première intention l’épreuve semble connotée négativement en tant qu’annonciatrice de malheur et difficultés, elle traduit aussi l’idée d’une opportunité de développement en termes d’innovation et de solidarité.

La mise en exergue d’une « urgence climatique » apparait, elle aussi, complexe : injonction à l’action politique, elle pose en même temps la question de l’appropriation par la société de l’évolution d’un problème de bien commun, objet hybride et diffus, historiquement formulé en termes scientifiques.

Penser le changement climatique en termes de temporalités

L’objectif consistant à ne pas dépasser les 2°C de hausse de température à l’horizon 2100 créé une perméabilité entre le présent et l’avenir : c’est en effet un objectif lointain qui est appelé à déterminer l’action politique des sociétés à court et moyen terme. La question de l’opérabilité d’un objectif lointain suppose un travail de concrétisation ici et maintenant.

Parce qu’elle nous invite à nous projeter vers le futur, l’épreuve du changement climatique constitue l’occasion d’une nouvelle forme d’utopie. Or, celle-ci peut s’envisager à différentes échelles de temps : soit celle de l’humanité, soit celle du globe. Si l’on se place à l’échelle de l’humanité, c’est alors le présent qui devient la norme et l’objectif pour le futur est de maintenir le « climat de toujours ». Cette situation donne naissance à une forme d’utopie que l’on peut qualifiée de rétrograde ou d’inversée. Si l’on se place à l’échelle du globe, le présent ne prime plus et la question d’un idéal à atteindre se voit remplacée par celle de la nécessaire adaptation.

Cette question du temps long se retrouve dans la théorie de l’Anthropocène selon laquelle nous vivons une révolution géologique caractérisée par l’empreinte irréversible laissée par l’homme sur la Terre. Pour les tenants de cette théorie, la réflexion environnementale actuelle souffre d’un profond déficit d’histoire. Une histoire politique s’impose donc pour éviter une vision trop téléologique de l’histoire des choix technologiques.

La problématique climatique pose la question éthique de notre responsabilité « commune et différenciée » vis-à-vis des générations actuelles et futures. Quatre raisonnements sont proposées pour établir cette responsabilité : la responsabilité par la valeur absolue (se pencher sur les émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et aujourd’hui) ; la responsabilité par intensité carbone (se pencher sur l’émission de CO2 par unité de consommation énergétique) ; la responsabilité par tête (intégrant la taille du pays) ; la responsabilité prospective (consistant à oublier le passé et à pousser à agir ceux qui sont aujourd’hui en capacité de payer). Chacun de ces principes est juste, mais insuffisant à lui seul. Il faut donc travailler à leur équilibre pour établir les responsabilités pour les décisions à venir.

Décision historique, la condamnation des Pays-Bas, le 24 juin 2015, par le tribunal de district de La Haye ouvre la voie à un autre type de responsabilité climatique, juridique cette fois. Alors que la réglementation relève depuis toujours des Etats, c’est actuellement à l’initiative de la société civile que le climat entre au tribunal. Cette première décision juridique ouvre la voie d’une justice climatique qu’il va falloir explorer dans ses dimensions de responsabilité administrative, civile et pénale. Elle interroge aussi les relations entre les Etats et leur justice.

=> Inscrire les réflexions dans le temps long pour ne pas se laisser enfermer par les normativités associées aux différentes temporalités à l’œuvre.

Mettre au jour les représentations inconscientes

La psychologie sociale nous apprend que derrière les mêmes pratiques et les mêmes mots se cachent parfois des représentations et des sentiments différents entre les individus. Un aspect qui n’est pas sans conséquence au niveau des négociations internationales sur le changement climatique. Il n’est pas indifférent de penser l’action en termes moraux, économiques ou encore politiques. Les exemples de la Chine, l’Algérie, le Brésil, l’Allemagne et la France montrent des différences de perception significatives. Multiplier les études comparatives entre pays est une nécessité pour mettre au jour ces représentations et apprendre à mieux se connaître.

Dans le champ de l’éducation, il est également essentiel de partir des représentations des élèves sur la question climatique pour les aider à déconstruire les idées reçues et à décrypter les discours. Plusieurs approches semblent aujourd’hui plébiscitées, au premier rang desquelles l’interdisciplinarité et les jeux de rôle (sensibilisation à la négociation).

Objet de controverse, le débat climatique se joue aussi dans l’arène médiatique. Outre le fait qu’ils mettent à l’agenda les thématiques, les événements et les controverses, dotés d’une culture propre et appelés à donner un cadrage à l’information, les journalistes, introduisent des biais (indifférence, doute, mobilisation), allant jusqu’au militantisme, qu’il faut savoir décrypter.


=> Comprendre les différences et dialoguer par delà les cultures.

Passer des sciences à l’action

Le changement climatique est aujourd’hui une réalité. Il est donc urgent d’envisager désormais la question climatique sous l’angle de l’adaptation. Un changement de paradigme invitant à passer non seulement de l’échelle globale à l’échelle locale, mais aussi des sciences du climat à une plus grande pluridisciplinarité, associant scientifiques, experts, acteurs du monde socio-économique et citoyens.

Les modèles permettent de rendre concret et de visualiser les effets du changement climatique. Aujourd’hui, l’aspect local de l’adaptation rend nécessaire d’avoir des projections climatiques moins incertaines à l’échelle des territoires (région, ville). Un travail de recherche sur les modèles est donc indispensable pour que ces derniers deviennent de véritables outils d’aide à la décision dans le cadre des politiques locales.

Si la négociation climatique est internationale, les mesures d’adaptation doivent quant à elles se concrétiser à l’échelle locale. Or, parce qu’il met en jeu une part irrationnelle de notre rapport au monde, notre rapport ambivalent à la catastrophe sidère et empêche parfois l’action. Pour rompre avec cette sidération provoquée par la peur du risque, nous devons adopter des cadres de réflexion concrets à une échelle où l’action est possible et questionner, à cette échelle, les représentations pour imaginer de nouvelles utopies.

Division par quatre des émissions de CO2 à l’horizon 2050, réduction de 30 % de la consommation d’énergies fossiles en 2030 et de 50 % en 2050 : le challenge de l’Europe en termes de transition énergétique est très ambitieux. Très contraignants, ces objectifs offrent en même temps l’occasion d’innovations scientifiques et technologiques, mais aussi organisationnelles, politiques et sociales. Les exemples de l’agriculture et de la gestion de l’eau montrent à la fois l’importance de la prospective et le potentiel d’actions locales, à la portée de tous les acteurs. De nombreux acteurs s’impliquent au niveau global et local : les ONG, les entreprises, les territoires…


=> Sortir du diagnostic global et construire à l’échelle locale l’action pour limiter les émissions de gaz à effet de serre et adapter nos modes de vie.